CORPS ARCHIVE

“Le corps n'est pas seulement une présence. Il est une mémoire…”

Je peins le corps parce qu’il se souvient.

Il se souvient de ce que la parole ne dit plus.
Il garde les traces de ce qui a été vécu, transmis, désiré, imposé, perdu ou transformé.

Le corps est ma première archive.

Avant les documents, avant les récits officiels, avant les photographies et les monuments, il y a le corps.
Un corps qui porte une histoire.
Un corps qui reçoit une mémoire.
Un corps qui transmet, parfois malgré lui.

Je m’intéresse à ce qui s’inscrit sur et dans le corps : les héritages, les silences, les blessures, les appartenances, les transformations, mais aussi les rêves et les possibilités de réinvention.

Je ne peins pas le corps pour le reproduire. Je le peins pour le faire parler.

Dans ma peinture, le corps devient un territoire.

Un territoire intime, parce qu’il est le lieu de l’expérience individuelle.
Un territoire collectif, parce qu’il est traversé par l’histoire, la culture, les rapports sociaux et les mémoires qui nous précèdent.

Ce qui semble personnel ne l’est jamais complètement.

Une posture peut porter une histoire.
Un regard peut contenir une transmission.
Une peau peut devenir une frontière.
Un geste peut être une mémoire.

C’est dans cet espace entre l’intime et le collectif que se construit ma recherche.

Je questionne également l’identité.

L’identité que nous recevons.
Celle que nous construisons.
Celle que les autres projettent sur nous.
Celle que nous décidons de reprendre, de déplacer ou de réinventer.

Je considère l’identité comme une matière vivante.

Une femme aux cheveux bouclés noirs porte une robe à motifs colorés et un cardigan gris foncé, se tenant devant une peinture abstraite représentant une femme assise, avec un fond orange.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

Corps, mémoire, identité

Ma pratique artistique prend le corps comme point de départ et comme territoire de recherche. À travers la peinture, j’explore ce que le corps conserve, ce qu’il transmet et ce qu’il révèle de nos histoires individuelles et collectives.

Je considère le corps comme une archive vivante. Il porte les traces de nos expériences, de nos héritages, de nos appartenances, mais aussi des normes et des systèmes sociaux qui participent à la construction de nos identités. Certaines mémoires sont conscientes, d’autres sont silencieuses, enfouies ou transmises d’une génération à l’autre. C’est dans cet espace entre mémoire intime et mémoire collective que se situe une grande partie de ma recherche.

La notion de « Corps Archive » constitue aujourd’hui un axe central de mon travail. Elle me permet de questionner la manière dont l’histoire s’inscrit dans les corps et dont ceux-ci deviennent, à leur tour, des porteurs de récits. Je m’interroge notamment sur ce que le corps peut raconter lorsque les récits officiels sont incomplets, absents ou insuffisants.

L’identité occupe également une place essentielle dans ma démarche. Je l’envisage comme une construction à la fois innée et acquise : une identité héritée, mais aussi façonnée par la famille, la culture, l’histoire, le regard des autres et les structures sociales. Cette identité n’est jamais figée ; elle se transforme, se négocie et peut être réappropriée.

Dans mes peintures, la figure humaine devient ainsi davantage qu’un sujet représenté. Elle devient une présence porteuse de mémoire, un espace où se rencontrent le réel et la fiction, l’histoire et l’imaginaire, l’intime et le collectif.

Mes différentes séries, notamment Their Bodies, Their Identities, The Congolese Real Fiction et Dress of Dream, participent de cette recherche. Elles constituent différentes entrées dans une même réflexion sur le corps, l’identité, la représentation et les récits qui nous construisent.

Ma peinture cherche ainsi à rendre visibles des histoires parfois silencieuses et à créer un espace où le corps peut reprendre la parole.

Je ne peins pas seulement des corps : je peins ce qu’ils portent.

À travers Corps Archive, ma recherche s’ouvre aujourd’hui vers de nouvelles formes et de nouvelles possibilités de narration. Je souhaite approfondir la relation entre peinture, mémoire et transmission, tout en développant une pratique capable de dialoguer avec les espaces d’exposition, les institutions et différents publics.

Le corps est mon archive. La peinture est l’espace dans lequel cette archive peut apparaître, se transformer et continuer à vivre.

‍ ‍ Ange SWANA SITA